C'était un bon copain. Hyper-soleil à l'aplomb sur une vie désert de plomb.

Hyper-présence de lui miroir d'absence de l'autre.

Tout son talent consistait à ne rien viser.

C'était un bon copain. Sa vie sans pompe ni lyrisme tournait comme des aiguilles autour du cadran arrondi.

Rien ne marquait son esprit, il restait là à regarder sa chienne de vie.

C'était un bon fils, sans rythme ni sonorité, qui avait retrouvé des cassettes vidéo et avait voulu les regarder. Des films que son père avait enregistrés, il pouvait tirer une mémoire du passé, quelque chose qui lui permettrait de fendiller la blancheur de son esprit sans pensée.

Promesses d'étoiles couronnant les sommets enneigés de la Paramount, fièvre du lion rugissant de la MGM.

Cinémascope, technicolor : un éclair coupa son corps.

Que de contrées à conquérir. Des vies à feuilleter. Y passer le fil de sa propre vie et sur cette trame recouvrer son identité.

C'était un homme sans style et sans manières, un bloc doué d'ennui, qui cherchait une oeuvre à habiter.

Il mit une cassette dans le magnétoscope. La bande vieillie fit apparaître une image démagnétisée, une histoire en chromo a moitié effacée. Privé de mots et de musique, il s'abîma dans la tristesse. Ses espoirs et ses efforts venaient de s'anéantir dans l'instant faux.

Le cinéma, c'était sa vie qui n'existait pas.

Une vie anachronique, poussée au passé, inadaptée.

Il jeta toutes ses cassettes par la fenêtre, aussi collantes de poussière que sa mémoire et sa pensée.

La poussière colla aux vitres de ses yeux.

C'était un bon copain, il lui reviendrait des idées plein les mains et des couleurs plein le coeur.

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